Aux alentours de Borobudur
  

Aux alentours de Borobudur

Borobudur, Indonésie le 23/07/2012

 

Borobudur

La région de Borobudur, bien que riche d’un monument à la valeur inestimable, est extrêmement pauvre et la population locale ne profite quasiment pas de la manne touristique que représente le temple. En effet, la grande majorité des visiteurs y viennent dans le cadre d’une excursion journalière et leurs précieuses rupiah ne sortent que rarement du circuit bien huilé des tours opérateurs, qui les emmène de Yogyakarta au temple.  Après l’éruption de 2010  du Merapi, la situation de la population s’est encore dégradée, les dégâts aux cultures et aux infrastructures étant immenses. Plusieurs projets se sont mis en place, dans le but de développer la région et notamment de mettre en valeur son potentiel touristique, afin d’attirer des visiteurs pour des séjours de plus longue durée. La région étant réputée pour être très belle, nous décidons d’être de la partie. Une ONG locale nommée « Jacker » regroupe désormais plusieurs guides, tous natifs de la région, qui se font un plaisir de nous faire découvrir les secrets cachés de Borobudur.

Nous commençons par faire le tour des industries artisanales des villages environnants. Chose curieuse, chaque village a SA spécialité et regroupe tous les artisans d’un même corps de métier. Nous enfourchons nos scooters et, cheveux au vent, nous laissons guider à travers les rizières et les champs de tabacs, à la découverte du village des « glass noodle », de celui du tofu et de celui de la poterie.  Quel sentiment grisant de se balader ainsi dans la campagne indonésienne, où nous avons enfin l’impression de pénétrer « pour de vrai ».

Borobudur
Nos guides devant les plantations de tabac

La visite de la fabrique de glass noodle s’avérera un peu décevante. En effet, nous sommes la veille de ramadan et les employés ont tous eu congé pour la journée, afin de pouvoir préparer l’évènement. Nous visitons donc un site vide, où nous apprenons toutefois que ces fameuses pâtes sont produites à partir de fibres de cocotier, dans des conditions d’hygiène et de sécurité qui ont de quoi faire trembler ! Nous avons censuré les photos dans le but de ménager la sensibilité du public…

Un village plus loin, nous découvrons tous les secrets de la fabrication du tofu, mets très prisé par ici.

Dans cette fabrique familiale qui tourne depuis trois générations, ne travaille qu’un seul homme. Mais avec quelle ardeur ! Très visiblement, ni le process, ni le matériel n’ont été optimisés depuis tout ce temps et les gestes qu’effectue l’homme sous nos yeux sont les mêmes que ceux qu’effectuaient ses aïeux, sur les mêmes instruments.

Rarement nous avons vu quelqu’un travailler aussi vite, effectuant ses gestes mécaniques avec une rapidité et une précision impressionnantes, dans une fournaise étouffante, ce qui ne l’empêche pas de plaisanter avec nos guides, sans toutefois s’arrêter une seule seconde. En effet, le tofu ne se vend qu’un prix dérisoire et son travail acharné ne lui permet de gagner que deux dollars par jour, ce qui n’est pas beaucoup pour nourrir une famille. Alors l’après-midi, il travaille aux champs. Où ai-je entendu dire que la fainéantise des indonésiens était légendaire ???

Borobudur
 
Borobudur
Des conditions de travail plutôt archaiques

Ici au contraire de la fabrique précédente, tout est extrêmement propre et bien que pressé par le temps, notre maître du tofu ne manque pas de nettoyer tout son matériel entre deux phases de production.

Borobudur
Miam, un bon lait de soja tout frais!

Au dernier village, nous sommes initiés à la poterie, dans une ambiance franchement décontractée.

Borobudur

 

Un soir, nos jeunes guides nous emmènent au temple « Mendut », qui borde le monastère bouddhiste du même nom et qui était initialement rattaché au temple de Borobudur.

Borobudur
 
Borobudur
 
Borobudur

Petit, il renferme  trois  belles et imposantes statues, joliment mises en valeur par les illuminations nocturnes. Après nous être longuement imprégnés de l’ambiance du site, nous nous rendons au monastère, où nous nous joignons aux moines pour plus d’une heure de chants, prières et méditation, dans une ambiance paisible et… joyeuse ! Ces moines sont incroyables. Nous ne comprenons évidemment rien à ce que raconte celui qui guide la prière, mais cela doit être très drôle car l’assemblée est régulièrement secouée de rires chaleureux et sincères. Une façon plutôt sympathique de vivre sa foi !

Borobudur

Nous apprécions pleinement ce moment privilégié, où les liturgies bouddhistes se mêlent aux chants des muezzins environnants, et en ressortons détendus et remplis d’énergie.

Borobudur
 
Borobudur
 
Borobudur
Aux alentours du monastère

Borobudur nous aura aussi réservé de belles rencontres, dont celle d’un tout vieux javanais à qui il ne reste plus qu’une dent branlante, ce qui ne nous a pas facilité la compréhension de son anglais par ailleurs plutôt bon. Cet homme s’est spontanément joint à notre table afin de connaître notre avis sur l’Indonésie. Après quelques échanges conventionnels et des réponses aussi originales que « it’s a beautiful country », « food is delicious and people so friendly »… nous sommes partis sur des terrains plus glissants tels que de la religion, la pauvreté, la corruption… Rarement nous avons vu autant de tristesse dans les yeux d’un homme, notamment lorsqu’il nous dit « Vous savez, je suis vieux et j’ai eu l’occasion de me battre à de nombreuses reprises, pour l’indépendance de mon pays et pour le bien-être du peuple. Et aujourd’hui, à la fin de ma vie, je dois bien admettre que lorsque je vois le résultat, je suis déçu ». Force est de constater que, des différents pays que nous avons visité, l’Indonésie est celui qui semble le plus dans l’impasse. Corruption, extrême pauvreté, montée du radicalisme dans différentes régions… Les problèmes sont innombrables. Eau, route, électricité, les infrastructures sont le plus souvent insuffisantes ou mal entretenues et les gens n’ont aucune confiance dans leur gouvernement, tant ils savent que celui-ci est corrompu.

Ce vieux monsieur, musulman convaincu et tellement pratiquant qu’il essuie sans cesse sa bouche pour ne pas avaler sa salive en période de ramadan, amoureux de son pays comme seul peut l’être un ancien combattant, nous parle de son utopie d’un monde uni, égalitaire, juste et respectueux. Il dit qu’il en a assez de ces « fous qui croient détenir la vérité unique sur un Dieu » au même titre qu’il ne supporte plus de voir quelques personnes s’enrichir alors que la population souffre. Nous le voyons triste, fâchés, déçu, mais pourtant encore convaincu qu’un jour, son utopie qui frôle le « new age » verra le jour.  

Nous ne pouvons qu’être émus et attendris.

 

Dernier jour à Borobodur, nous nous levons une nouvelle fois à l’aurore afin de voir le lever du soleil derrière le volcan Merapi, sur le temple, depuis une colline environnante. Le spectacle s’annonce grandiose.

Malheureusement, la brume est de la partie et, en fait de spectacle magique, nous verrons… un superbe écran blanc ! Déçus…

Borobudur
 
Borobudur

 

Nous quittons Borobudur riches de belles expériences, rencontres et découvertes, mais très fatigués. Eh oui, notre hôtel était situé juste à côté de la mosquée principale, notre chambre donnait sur le haut-parleur, ou plutôt l’inverse, ce qui est une très mauvaise idée à cette période de l’année ! Prière toute la soirée, prière à minuit, à deux heures, à quatre heures… Et avec les tambourins, s’il vous plaît ! Au moins avons-nous maintenant une idée plus précise de ce que représente ramadan, en dehors du fait de jeûner.

 

 

Commentaires

 Flore
En préparation de mon voyage en Indonésie je faisais un tour sur ton blog et cet article m'a donné très envie de découvrir Borobudur de la même façon que vous. Etre proche des locaux et découvrir leur culture. Comment êtes-vous rentrés en contact avec eux ? via l'ONG ? Merci d'avance pour ta réponse et si tu veux partager d'autres moments que tu as vécu, n'hésite pas. Cela enrichira surement mon voyage. Flore
 Cass
Magnifique la région de Borobodur! Et je remarque que les "conditions ambiantes" modifient beaucoup l'expérience de la découverte de ces lieux... Mêmes lieux, mais à chacun son expérience propre.



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